Le mécénat : pourquoi soutenir les associations qui encouragent à la lecture ?
- Olivia Lauret et Valentine Tessier

- 19 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 juin

La lecture en recul : les chiffres du CNL
La 89e édition des Jeudis du mécénat, organisée par le ministère de la Culture, avait pour thème : "Mécénat et lecture : apprendre, partager, relier”. Lors de ce rendez-vous, le Centre national du livre a partagé les données de son étude d'avril 2026.
Elles confirment et amplifient ce que le baromètre CNL/Ipsos 2025 avait déjà signalé : seuls 80 % des 7-9 ans partagent encore des moments de lecture avec leurs parents, soit une baisse de 7 points en deux ans. Les grands lecteurs adultes, ceux qui lisent plus de cinq livres par an, sont passés de 69 % à 63 % en deux ans seulement.
Ce qui frappe dans ces chiffres, c'est que même les catégories traditionnellement les plus lectrices sont touchées : les filles, les CSP+, les familles cultivées. Et la raison est assez simple : une génération de jeunes parents qui lisent moins est en train de moins passer le flambeau.
Pourquoi est-il si important de remettre la lecture au goût du jour ?
Six minutes. C'est le temps qu'il faut, selon une étude de l'Université du Sussex (Mindlab International, 2009), pour que la lecture modifie notre état émotionnel de façon mesurable. En six minutes de lecture, la fréquence cardiaque baisse, la tension musculaire diminue, le stress recule de 68 %.
Ce chiffre a circulé dans la salle comme une évidence. Et il dit quelque chose d'important : lire n'est pas un luxe culturel. C'est un acte pour préserver notre santé mentale.
Les intervenants l'ont formulé sous un autre angle, notamment Jeremy Lachal de Bibliothèques sans frontières : celui de la résilience démocratique. Lire développe l'esprit critique, la capacité à distinguer le vrai du faux, à dialoguer avec des gens qui pensent différemment. À une époque où les fake news circulent plus vite que les faits, la lecture devient un enjeu de société urgent.
Comme l'a rappelé Jeremy Lachal : "Ouvrir un livre, c'est faire un acte de résistance."
Le mécénat joue un rôle crucial pour accompagner la promotion de la lecture
Des fondations engagées sur le long terme auprès d'associations favorisant la lecture
La journée a permis de cartographier un écosystème de financement privé plus riche qu'on ne l'imagine souvent, porté par des fondations aux approches complémentaires. Mais l'argent se raréfie même pour ces institutions.
La Fondation Crédit Mutuel pour la lecture, forte de 25 ans d'existence, a accompagné entre 230 et 250 associations, sur des montants allant de 500 euros à bien davantage. Elle lance chaque année un Prix Innovation Lecture, récompensant des projets inédits : création de livres numériques par des collégiens, concours littéraires mêlant écriture, lecture à voix haute et débat d'idées.
La Fondation Pierre Bellon (groupe Sodexo), créée en 2011, soutient des projets de développement des compétences psychosociales des jeunes de 0 à 25 ans, avec des budgets moyens de 90 000 euros par an sur trois ans, pour des structures disposant d'au moins 400 000 euros de budget global.
La Fondation Vinci Autoroutes finance des initiatives autour de la lecture comme vecteur d'ouverture aux autres et d'empathie, avec une logique assumée : les qualités nécessaires pour bien lire sont aussi celles nécessaires pour bien conduire et bien se conduire.
Du côté associatif, Lire pour en sortir travaille depuis 2014 avec les personnes détenues, pour qui le livre crée un lien entre le dedans et le dehors. Lire et sourire intervient dans 170 établissements EHPAD en France. Bibliothèques sans Frontières collecte plus d'un million de livres par an et développe des micro-bibliothèques dans les territoires ruraux et les quartiers défavorisés, avec l'ambition d'en créer 1 000 d'ici 2030.
Les financements pour la médiation autour de la lecture se raréfient
Les intervenants ont été clairs : les subventions publiques baissent, un tiers des associations du secteur ont rencontré des difficultés financières récemment. Le mécénat privé comble une partie du vide, mais il reste insuffisant. En comparaison, la culture philanthropique américaine autour des bibliothèques est bien plus développée.
Une charte "Lire en entreprise" existe, déjà signée par une vingtaine d'entreprises (Apec, Canal+, Pernod Ricard, Agence France Développement...). Elle mérite d'être connue, et amplifiée.
Comment donner envie de lire autrement ?
Nous avons développé au sein de la compagnie Ombres Projetées un format qui n'existe pas ailleurs.
Nous ne sommes ni une association de médiation, ni une bibliothèque, ni un programme scolaire. Nous sommes une compagnie de théâtre qui travaille à partir des grands textes littéraires, et c'est précisément ce qui nous distingue.
Nos spectacles autour de Cocteau, Colette, Pessoa et Sagan ne sont pas des cours de littérature déguisés. Ils répondent à une question que les intervenants ont posée explicitement : comment susciter le désir de lire, en dehors de l'obligation scolaire, pour des publics qui ont parfois gardé de la lecture un souvenir contraignant ?
Notre réponse, c'est d'entrer dans l'oeuvre par la voix, le corps, la musique, avant d'inviter à ouvrir le livre. Un texte qu'on entend avant de le lire, c'est un texte qu'on reconnaît quand on l'ouvre.
Nous répondons aussi à la question du lien intergénérationnel, avec les ateliers que nous organisons en EHPAD (par exemple, l’année dernière, au CHU du Mans) et en milieu scolaire (avec des lycéens), et à celle des compétences psychosociales, terme utilisé à plusieurs reprises dans la journée pour désigner exactement ce que la littérature développe : empathie, imagination, capacité à se mettre à la place de l'autre, à structurer sa pensée, à exprimer ses émotions.
Cette journée nous a confirmé qu'il existe des financeurs privés engagés sur ces sujets, et que notre projet s'inscrit dans leurs priorités : lien social, transmission, émancipation par la culture, bien-être des publics fragiles.
La littérature est un outil d'émancipation et le théâtre peut en être la porte d'entrée.
Nous serions ravies de pouvoir en discuter avec vos entreprises.
Sources
Ministère de la Culture, 89e Jeudi du mécénat "Mécénat et lecture : apprendre, partager, relier", 11 juin 2026, Institut national d'histoire de l'art, Paris. culture.gouv.fr
Centre national du livre, étude sur les pratiques de lecture, avril 2026.
Mindlab International / Université du Sussex, étude sur la lecture et la réduction du stress, 2009. Chercheur principal : David Lewis.
Baromètre CNL/Ipsos 2025, "Les Français et la lecture", avril 2025.



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